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Le Vendée Globe décrit en trois mots par Paul Meilhat

La "Paul Position" : course autour du monde, à fond, sans avarie.

Sa position : Outsider opportuniste
Paul Meilhat : « Pour SMA comme pour moi, ce Vendée Globe est une première expérience. Notre objectif, s’est construit progressivement. Au départ de ce projet, l’idée était peut-être de gagner le Vendée Globe. Mais cela a évolué avec le temps, avec la prise de conscience de la difficulté du circuit, du niveau de la concurrence. Il faut d’abord terminer ce tour du monde avant de penser à quoi que ce soit d’autre. Après, tout peut arriver ! Le bateau a du potentiel et techniquement, tout est prêt. Je suis prêt. Mais je ne pars pas en favori. Disons, en outsider placé et opportuniste ».

Le Vendée Globe, défi mental
PM : « Pendant deux mois et demi, il y aura forcément le paramètre du dépassement de soi sportif à intégrer, mais ce qui prédomine, c’est le mental. Celui qui fait la différence est celui qui arrive à rester motivé tout le long, même dans les moments difficiles. La clef est là : maintenir un niveau d’engagement élevé pendant deux mois et demi. De mon côté, je n’ai jamais eu de coup de mou sur une course. Je n’ai jamais senti que ma place n’était pas là. Me sentir bien sur un bateau, c’est un de mes points forts ».

Il y a un an, l’accident : un jalon important
PM
: « Ce que m’a apporté mon accident ? La capacité à relever un défi important. Le fait d’être arrivé à surmonter cela rapidement, que ce soit physiquement pour moi ou techniquement pour l’équipe, nous a boosté pour le projet. Ça m’a remis en tête que j’étais fait pour ça. Je n’ai jamais vraiment eu peur, jamais douté que je referais du bateau derrière. Ça a été un épisode marquant, j’espère que je ne le revivrai plus, mais cela fait partie de la vie de marin. C’est déjà arrivé à d’autres. Il faut être capable d’affronter cela, sinon, on aurait tout le temps peur sur un bateau ».

Les acquis et le désir d’inconnu
PM
: « Sur la technique, les manœuvres, de nombreuses astuces de navigation, j’ai acquis énormément en deux ans, notamment au contact de Michel Desjoyeaux, simplement parce nous avons beaucoup navigué ensemble. Michel ne dit pas grand chose, mais quand il s’exprime, c’est très souvent utile. Après, il a une manière de fonctionner qui lui est propre et qui n’est pas forcément reproductible. Je ne lui ai pas posé énormément de questions sur la course en elle-même. J’estime que si tu te prépares trop à quelque chose que tu ne connais pas, si tu as des idées préconçues, tu es presque sûr de te planter. On sait que ça ne va pas se passer comme dans les livres et qu’il va falloir s’adapter. J’y vais aussi pour ça, pour découvrir. Comme on ne peut pas tout maîtriser sur ces projets, il faut savoir s’ouvrir à cette part d’inconnu ».

Visualiser un parcours que l’on ne connaît pas
PM
: « Même si je n’ai jamais fait de tour du monde, je suis totalement immergé dans le parcours. Nous avons eu une dizaine de journées météo consacrées à cela avec Jean-Yves Bernot. J’ai des centaines de pages de road book sur mon ordinateur de bord. Nous avons travaillé sur des simulations, des animations de bateaux donc je sais comment ça peut se passer… mais pas comment ça va se passer dans la réalité. J’ai pas mal étudié les courses des bateaux de tête sur les deux derniers Vendée Globe. On en apprend beaucoup sur le rythme de course des uns et des autres ».


Le rythme : fast mais pas furious
PM :
« Je manque encore un peu d’expérience pour savoir jusqu’où je peux pousser le curseur. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il ne faut pas partir sur un faux rythme. En réalité on est tout le temps au max. Le bateau a sa vitesse. Dans tel type de temps, il faut être toilé de telle ou telle manière. En allant trop lentement, on risque aussi de casser des trucs ! Ces derniers temps, on a tendance à dire que ce qui fera la différence, c’est plus la limite humaine que celle du bateau. C’est la capacité du skipper à garder un niveau de lucidité permettant d’avoir la bonne réaction au bon moment. La question est : comment arriver, même fatigué, dans la durée, à être toujours très réactif, vigilant par rapport au bateau et à prendre les bonnes décisions. Le bateau, on peut lui tirer dessus, à condition de savoir l’écouter ».

Fatigue et motivation, même combat
PM
: « En Imoca, je n’ai jamais été au paroxysme de la fatigue comme j’ai pu l’être en Figaro. De toute façon sur ces bateaux, c’est proscrit, parce que si tu te mets dans ces états-là, tu n’es plus capable de manœuvrer. Le principal danger quand on est en solitaire, c’est de se retrouver dans un état où on n’a plus trop envie d’aller manœuvrer ou de remettre de la toile, parce que « ça va comme ça ». C’est pour cela qu’il faut avoir un schéma précis des voiles que l’on va porter au fil des jours : cela permet de savoir exactement ce qu’on a à faire. Mes alertes de fatigue, c’est quand je me satisfais d’une configuration qui n’est pas optimale ».

L’Empire des Sens
PM :
« Sur ces bateaux, presque rien ne se fait en visuel, parce que on ne voit rien, même quand on est à la barre. On réagit beaucoup aux sensations : à l’assiette (la gite), à la vitesse et aux bruits. L’ouïe est un des sens surdéveloppé. Il faut arriver à percevoir des bruits significatifs dans le brouhaha permanent du bord. Un sifflement peut être très désagréable, mais indiquer que l’on va vite et que tout va bien. Il faut savoir repérer les bruits des chocs d’éléments qui tapent sur le pont : une écoute, une poulie, pour intervenir tout de suite. Il y a les bruits d’écoulement de l’eau sur la coque qui permettent de savoir si on est rapide ou lent, si le bateau est bien équilibré. Ces bateaux sont très bruyants, le bruit du carbone dans les vagues au près est impressionnant. Au début, on a du mal à dormir. D’ailleurs, ce sont nos alarmes sensorielles qui souvent nous réveillent : un bruit suspect, une modification de l’assiette du bateau. C’est pourquoi je dors toujours dans la même position. Au près, par exemple, j’ai toujours ma tête du même côté sur le pouf. S’il y a plus de pression sur ma joue, je sais que le bateau gite davantage et vice et versa. Au portant, je dors les pieds vers l’avant : si je me fais embarquer les pieds dans la cloison, je sais que j’ai enfourné violemment. Si je le fais trop souvent, c’est qu’il est temps de prendre un ris, de remplir le ballast arrière ».

Deux mois et demi dans l’inconfort, une histoire de masochiste ?

PM : « Non. C’est une bonne leçon de vie. A terre, on vit dans un excès de confort. L’intérieur d’un Imoca, ce serait le grand luxe pour la moitié des gens de la planète ! Mais ce n’est pas la question, on n’est pas là pour naviguer confortablement et de toute façon, on n’a pas vraiment besoin de plus ».

Tu parles tout seul lorsque tu es en solo ?
PM :
« Non, jamais. Enfin, je ne crois pas (rires) ».

Tes points forts pour le Vendée Globe
PM :
« Ma capacité à tout gérer, à m’organiser, à structurer mon temps et les priorités. Je ne suis pas spécialiste de certaines réparations, mais je touche à tout et je connais bien mon bateau».

L’appel du large ça existe ?
PM
: « L’expression est un peu convenue. Mais oui. On a toujours envie d’y retourner, même quand on revient d’une expérience super dure. Pourquoi ? Parce qu’on est bien sur l’eau. En tout cas, moi, je suis bien en mer, je me sens bien dans la nature, loin de la ville, des voitures et du béton ».

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